Punk Night

Montréal

2017

C’était une nuit d’hiver à Montréal. Le vent glacial soufflait la neige dans les grandes allées de la ville. Il était une heure du matin, trop tard ou trop tôt pour aller à la rencontre du monde de la nuit, l’entre chien et loup des populations contrastées qui animent les lieux ouverts tout au long du clair de lune.

J’avais contacté Gabrielle (@ga.main) pour un shoot à l’arrache, je la retrouvais où elle voulait, tant qu’elle m’accordait quelques poses. Elle m’avait donc donné rendez-vous au Fitz Roy (@fitzroymtl), une salle de billard à l’ambiance industrielle sur Le Plateau. Il était une heure du matin, mon appareil photo était glissé sous ma veste et je gravissais les marches de l’escalier étroit du Fitz. En poussant la lourde porte de la salle, la musique qui me frappa les oreilles me ramena droit vers mon adolescence : du punk rock californien qui donnait envie de tout quitter pour un skateboard. Gabrielle était assise sur l’angle d’un billard, le regard posé sur le jeu. Lorsqu’elle me vit elle sourit et m’invita à rencontrer ses amis.

J’ai toujours traîné dans les milieux de l’underground : le punk et le métal ont été les socles rassurants de mon environnement durant bien des années. J’aime l’esprit old school, libéré, codifié et désespérément humaniste de ces univers. Leur poésie aussi.

Je restais en dehors de la partie de billard et discutait avec le groupe en oubliant presque que j’étais là pour des photos. La lumière verdâtre et tout de même chaleureuse de la salle me plaisait beaucoup.

A côté de moi Gabrielle et l’un de ses amis plaisantaient en parlant de leur boulot qui ne les passionnait visiblement pas. Après quelques pintes les rires devenaient faciles. C’était le milieu de la nuit, Blink 182 résonnait en fond sonore. Ils étaient tous tatoués, parlaient de leurs corps comme de surfaces malléables qu’ils essayaient encore de s’approprier. « Pi quoi ? Tu vas tu partir aux US pour recommencer une vie là-bas ? » « M’niaise pas toi, j’en serais bien capable ! » J’aimais leur façon de ne jamais savoir où ils allaient, ils ne le savaient jamais mais avec optimisme. J’aimais leur fragilité. Les punks m’ont souvent prouvé qu’ils étaient les plus sensibles. D’ailleurs le mouvement punk est tout aussi engagé socialement que dans la défense d’une certaine esthétique : celle de la personne.